Plutôt que de relance de la croissance, nous préférons parler de conversion de l’économie et de green new deal (nouvelle donne verte
Intervention de Marie-Pierre Rouger, Élu-e- Vert-e au Conseil régional de Bretagne

Monsieur le Président,
Vous savez Monsieur le Président combien nous sommes attachés au projet de développement soutenable que vous défendez pour l’avenir de la Bretagne et vous connaissez aussi notre engagement à contribuer à sa mise en oeuvre.
Les évènements que nous traversons depuis quelques mois et l’urgence des réponses à apporter ne vous ont pas empêché de rappeler à l’occasion de la session du 23 octobre dernier que. « L’écologie est le fondement d’un autre type de croissance », et non une friandise pour les temps de navigation sereine ....
L’écologie n’est pas, en effet , une friandise mais bien plutôt un plat de résistance propre à sauver la santé de notre économie. Nous regrettons que le plan climat européen accouche finalement d’une souris. La règle des 3X20 -20 % d’économie d’énergie, 20 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre, 20 % de production à partir d’énergie renouvelable- n’est pas suivie ce qui compromet l’avenir. L’Europe était chef de file de la lutte contre le dérèglement climatique, depuis Poznan elle ne l’est plus.
Nous en sommes pourtant, aujourd’hui, et plus que jamais aux travaux pratiques avec la crise de l’industrie automobile qui touche notre territoire. Nous partageons avec vous Monsieur le Président la priorité de défense de l’emploi dans le secteur automobile mais nous ne pouvons nous contenter de gérer la crise sans nous préoccuper de l’avenir durable de ce secteur.
Dans le cadre du plan de gestion de la crise automobile en Bretagne, il nous faut passer avec l’industrie automobile un contrat de conversion écologique. L’argent public ne doit aller dans le secteur automobile que si ce dernier est capable de changer radicalement pour réduire dès aujourd’hui son impact sur l’environnement.
Ce contrat de conversion écologique avec l’industrie automobile doit porter à la fois :
sur la formation des salariés à d’autres métiers car ils ne sont pas responsables du manque d’anticipation de leurs employeurs. Des engagements sont à prendre en terme de transition professionnelle rémunérée à taux plein pour les salariés dont les savoir-faire peuvent et doivent être utilisés dans d’autres secteurs.
sur de l’innovation verte à court terme par :
le bridage des moteurs au niveau des vitesses maximales autorisées.
des nouveaux modèles dont les émissions de CO2 ne dépassent pas les 120g/km.
L’innovation verte, c’est enfin à moyen et long terme la diversification, la conversion de l’industrie automobile vers la construction notamment de rames de train. La fréquentation du TER a augmenté de 50 % en six ans, les trains manquent déjà avec un marché de l’occasion saturé et des constructeurs débordés par les commandes des Régions. Voilà un atout énorme pour un plan de relance durable à condition que l’on fasse le choix d’investir dans ce domaine ! Malheureusement les plans de relance français et européens n’ont pas cette vision stratégique et comportent des mesures contre productives comme la relance du programme autoroutier. Tout argent dépensé pour résoudre la crise économique mais qui aggrave la crise environnementale est de l’argent perdu et gaspillé.
Vous l’aurez compris Monsieur le Président, une relance de l’économie virtuelle reste un choix virtuel et par nature irréaliste. Plutôt que de relance de la croissance, nous préférons parler de conversion de l’économie et de green new deal (nouvelle donne verte). Car aujourd’hui on ne peut relancer l’économie sans en changer les règles. Impossible de faire comme si le changement climatique n’existait pas, comme si le modèle libéral et inégalitaire pouvait être conforté alors qu’il nous a menés à l’impasse. La relance verte, c’est une conversion écologique et solidaire de l’économie qui diminue la pression que nous exerçons sur l’environnement tout en créant des centaines de milliers d’emplois dans l’isolation des bâtiments existants, la généralisation des maisons à très basse consommation d’énergie, les énergies vertes, les éco-innovations dans tous les secteurs d’activité et les transports en commun.
Les transports en commun...
Sur ce dernier point Monsieur le Président, nous rappelons que le schéma régional multimodal de transports et déplacements que nous allons aborder au cours de la session doit s’organiser en fonction de notre objectif programmé de réduction des GES et de consommation énergétique. D’où l’importance d’avoir des scénarii construits et validés en fonction de ces deux priorités. Il en va de l’équité sociale et territoriale de la Bretagne et du dynamisme de son économie.
Cette équité est mise à mal aujourd’hui par une politique présidentielle qui nous rappelle celle menée en son temps par Margaret Thatcher. L’abandon des territoires et des services publics se poursuit et ce malgré la crise économique qui se traduit par la multiplication des plans sociaux. Nicolas Sarkozy nous concocte également une réforme institutionnelle, dans sa cuisine de l’Elysée. Nous sommes là aussi comme dans bien des domaines dans l’inconnu. On entend beaucoup de rumeurs, des propositions tous azimuts mais à ce stade une chose est sûre, les collectivités locales qui sont pourtant les premières intéressées ne sont pas associées à la réflexion. On ne sait pas à quelle sauce elles seront mangées mais les Régions semblent bel et bien dans le collimateur. Ce choix relève plus de la cuisine électorale que de la volonté d’une réforme constructive qui permette véritablement de moderniser la République en s’appuyant sur le dynamisme des Régions. Peut-être que demain, du fait du Prince, la Bretagne sera réunifiée mais qu’apporterait cette bonne nouvelle si dans le même temps le fait régional régressait et que nous assistions à la restauration de l’Ancien Régime et de ses arrondissements ?!
Enfin Monsieur le Président et pour finir sur une note d’espoir : savourons notre bonheur d’avoir ,en Bretagne, une jeunesse qui pense, s’organise, s’exprime et s’est montrée très bon élève pour dénoncer les archaïsmes d’une réforme des lycées bâclée et précipitée. Notre académie qui est celle de la réussite scolaire a été aussi un espace de lucidité et fer de lance de la remise en cause d’un projet exclusivement guidé par l’obsession d’une économie de moyens au service d’un enseignement marqué par une dérive utilitariste. Monsieur le Président, les lycées ne doivent pas se faire dicter leur réforme d’en haut. Cette réforme doit se faire avec les acteurs et non pas contre eux. La Région ne peut pas rester en retrait sur cette question.
Il nous faut proposer, si vous en êtes d’accord, un débat au Conseil régional des Jeunes. Ainsi, nous ferons progresser la démocratie en associant les jeunes à l’évolution des modes d’éducation au sein des lycées. Faisons-leur confiance : ils ont de nombreuses propositions à faire au Ministre !
Monsieur le Président, nous pouvons être fiers de notre jeunesse. Les lycéens ont gagné une première étape avec le report de cette réforme mais nous devons continuer à les soutenir et à les accompagner. « Ce n’est qu’un début... »

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