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La « désintensification » de l’agriculture bretonne doit être une priorité.

Les algues vertes : une agriculture à questionner

Le point de vue de Nicole Kiil-Nielsen, députée verte européenne

jeudi 10 septembre 2009

Depuis plus de trente ans, les écologistes tentent d’alerter la population et les pouvoirs publics sur le problème des algues vertes, qui touche particulièrement les côtes du Finistère et des Côtes d’Armor. Les conséquences sont graves en terme de pollution visuelle et olfactive - c’est un désastre pour les habitants et pour l’industrie touristique - mais aussi écologique et sanitaire. La putréfaction des tonnes d’ulves dégage de l’hydrogène sulfureux, non seulement nauséabond mais aussi néfaste pour les espèces vivantes du milieu. Les gaz émis sont à l’origine de nombreuses intoxications graves, voire mortelle, comme en témoignent les drames de cet été. La présence de ces algues vertes favorise en outre la prolifération bactérienne dans le milieu marin et l’eutrophisation des côtes.

Les causes sont connues. Les algues vertes, ulva sp., se développent du fait de l’apport massif d’azote dans les eaux côtières, provenant principalement de la surfertilisation des sols par l’agriculture productiviste (nitrates provenant de l’épandage de lisier des élevages intensifs).

Alors qu’on connait les causes du problème, la politique de l’autruche des pouvoirs publics est chaque jour plus choquante pour ne pas dire criminelle. Demander à restreindre l’accès aux plages touchées par les échouages d’algues vertes, comme l’a fait le préfet des Côtes d’Armor en octobre 2007, n’est pas une solution. De même, s’il est nécessaire de nettoyer les plages, ce n’est pas une solution en soi. Il est dès lors indécent que M. Fillon et Mme Jouanno n’aient rien trouvé de mieux à proposer lors de leur venue de Bretagne alors que la situation est dramatique. Le tribunal administratif de Rennes, dans un jugement rendu le 25 octobre 2007, avait pourtant clairement désigné les préfets des Côtes d’Armor et du Finistère, en tant que représentants de l’État, responsables de la pollution des cours d’eau par les nitrates agricoles à l’origine des marées vertes. Depuis 30 ans, les pouvoirs publics se concentrent uniquement sur les effets et non sur les causes.

Or, on ne peut s’attaquer au problème des algues vertes qu’en se concentrant sur la source du problème, c’est-à-dire la réduction de l’apport d’azote dans les sols. Il faut pour cela remettre en cause radicalement le modèle agricole breton intensif et productiviste. Nombre de piste sont proposées par les associations paysannes et écologistes, tel que le remplacement du maïs par la prairie, la réduction drastique des sols nus l’hiver, la mise en place de talus, de haies et de zones boisés, etc. Mais il faut plus fondamentalement commencer par interdire toute nouvelle construction et extension d’exploitation agricole intensive, et inciter fortement les exploitations existantes à se convertir à l’agriculture biologique ou durable.

Il faut surtout rompre avec le dogme du maintien, voire de l’augmentation, du cheptel actuellement présent sur le seul sol breton et engager un plan négocié de réduction de cette production qui préserve le maintien des petites exploitations et l’installation de jeunes exploitant(e)s. On ne peut pas continuer à produire sur 6% de de la surface agricole française 20% de la production laitière française, 40% de la production de volaille, 60% de la production porcine (le tout générant au minimum l’équivalent de la pollution organique de 60 millions d’habitants). Dans le cadre de la PAC, la France doit totalement revoir l’aménagement de sa production agricole de façon à revenir à une production équilibrée sur l’ensemble de son territoire et non concentrer les mêmes productions sur des espaces limités, cette concentration étant la première cause des pollutions observées. La diversité et la qualité des sols et des climats français devraient permettre d’y pratiquer une agriculture non polluante à la fois respectueuse de l’environnement, des consommateurs et de l’emploi agricole.

Le niveau européen est primordial dans cette perspective. La Politique agricole commune a accentué les problèmes en favorisant par ses subventions les exploitations les plus importantes et les plus assoiffées d’engrais chimiques, de pesticides et d’eau. Dans le cadre de la renégociation de la PAC il faut au contraire rediriger les aides vers l’agriculture biologique, paysanne et durable.

La « désintensification » de l’agriculture bretonne doit être une priorité.

C’est pour tout cela que je participerai à la manifestation du 27 septembre prochain contre les marées vertes, qui se tiendra à 15h sur la page de Granville, à Hillion (22), et que j’appelle tou - te - s les Breton - ne - s et tou - te - s les écologistes à s’y rendre en nombre.

Nicole Kiil-Nielsen


- > le site de Nicole Kiil-Nielsen

L’adresse originale de cet article est http://www.brest-ouvert.net/article6652.html

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